Author Topic: tot despre case  (Read 1763 times)

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Offline andreis

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tot despre case
« on: Friday 12 October 2007, 13:42:01 »
S'installer en banlieue pour être raisonnable ? Parce que les maisons y sont tellement plus abordables ? En 2007, cette équation ne tient plus. Parce que les prix ont grimpé en flèche en périphérie de Montréal. Et qu'on y croise de plus en plus de nouveaux pauvres. Juste à côté, des centaines d'autres banlieusards mènent un train de vie princier. Quitte à parfois frôler la faillite.    

Ils avaient une grosse maison de 300 000$. Deux autos dans l'entrée. Une piscine creusée. Deux enfants sportifs. Deux bons revenus. Pourtant, ce couple de banlieusards s'est retrouvé, il y a peu, au bureau de Caroline Soulard, conseillère budgétaire à l'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) de la Rive-Sud. Il était au bord de la faillite.

La banlieue montréalaise abrite maintenant une catégorie de nouveaux pauvres, très bien cachés derrière les façades de leurs jolies maisons. À l'ACEF Rive-Sud, la moitié de la clientèle n'est pas à faible revenu. Et un client sur quatre a des revenus de plus de 70 000$.

«De l'extérieur, ces gens-là ont toutes les allures de familles cossues. Mais financièrement, ils sont au bord du gouffre», explique Caroline Soulard.

Pourquoi ? Année après année, le couple en question accumulait un déficit de 7000$. Lorsqu'il a débarqué à l'ACEF, le seul remboursement des dettes et de leurs intérêts, sans compter l'hypothèque, bouffait 1000$ par mois. Une fortune.

À l'ACEF de l'île Jésus, qui couvre le secteur de Laval, on en arrive aux mêmes constats. «Depuis les trois dernières années, ce type de clientèle est en augmentation, c'est certain «, dit Cathy Simard, conseillère budgétaire. «On voit plusieurs ménages qui, un an après s'être établis dans une nouvelle maison, n'ont pas encore réussi à payer la taxe de bienvenue. «

«Les maisons sont devenues très chères en banlieue. On a de plus en plus de châteaux. Les gens prennent des risques», observe Louise Charbonneau, de l'ACEF des Basses-Laurentides. En effet, pratiquement toutes les villes de banlieue ont désormais leur petit quartier «de prestige» où, souvent, les maisons ne se vendent pas moins de 400 000$.

«La croissance des revenus des ménages n'est pas suffisante pour expliquer l'engouement pour les maisons très chères «, acquiesce Steeve Demers, économiste à l'Association des constructeurs du Québec. Cette année, une maison neuve sur dix a coûté plus de 300 000$.

Deux possibilités : ou alors les couples puisent dans leurs REER ou disposent d'un héritage, ou alors ils s'endettent. Taux moyen d'endettement des ménages québécois: 123%.

Pour éviter de sombrer, le couple rencontré par Caroline Soulard a dû se résoudre à des choix difficiles. Fermer la piscine, qui coûtait 800$ par an. Réduire les activités sportives des enfants. Refuser des invitations aux fêtes d'enfants onéreuses. «Et c'est très dur de résister à la pression du voisin gonflable», observe Hélène Hétu, conseillère budgétaire à l'ACEF Rive-Sud.

Ces nouveaux pauvres de banlieue ont plusieurs visages. Celui, par exemple, de personnes âgées qui ont toujours vécu dans la même rue, mais qui voient leur facture d'impôt foncier grimper en flèche (au rythme de la valeur des maisons). Ou encore de mères devenues chef de famille monoparentale après une séparation

Des taudis façon 450

«Les infirmières du CLSC sont parfois stupéfaites lorsqu'elles entrent dans une belle maison et qu'il n'y a pas de meubles», dit Marcel Gélinas, organisateur communautaire dans Saint-Hubert, sur la Rive-Sud. «On a élargi la définition de la pauvreté dans les dernières années», acquiesce sa collègue Lise Ouellet, qui oeuvre, elle, dans LeMoyne.

LeMoyne qui est, comme le quartier Laflèche de Saint- Hubert ou d'autres quartiers de Longueuil, le théâtre d'une pauvreté historique. À LeMoyne, 40% des habitants ont un faible revenu. Le revenu médian des familles représente, à 40 000$, moins de la moitié du revenu médian de la ville voisine de Saint-Lambert.

De sa voiture, Mme Ouellet désigne les immeubles qui, en 1967, avaient été construits à la hâte pour accueillir les visiteurs de l'Expo. Trente ans plus tard, on les appelle encore des «motels», mais ils sont devenus des taudis qui hébergent une population plongée dans la pauvreté extrême. Mme Ouellet se souvient du cas d'une mineure enceinte qui, il y a sept ans, refusait toute aide du CLSC. Elle craignait un signalement à la DPJ.

«Elle a fini par accoucher dans les marches, toute seule», raconte Mme Ouellet. À Saint-Hubert, à peu près dans les mêmes années, l'histoire d'unbébé naissant abandonné dans un parc a fait les manchettes des journaux. «Cette histoire, c'était révélateur d'une grande misère», dit Marcel Gélinas.

Et la couronne nord n'est pas épargnée. Un Lavallois sur cinq vit sous le seuil de la pauvreté. «L'appauvrissement grandissant d'une partie de la population lavalloise et l'augmentation du coût des logements obligent les personnes qui recourent aux organismes à choisir entre le logement et la nourriture «, écrivent les auteurs d'une étude réalisée pour le compte du groupe Travail de rue en itinérance, qui oeuvre à Laval.

«Laval est considérée comme une région favorisée au niveau socioéconomique. Cette situation entraîne une occultation de la pauvreté sur son territoire», poursuivent- ils. Dur, dur, d'être pauvre en banlieue? Sans aucun doute. Parce que la pauvreté y est un sujet tabou, mais aussi parce que les transports sont un frein constant à l'aide aux plus démunis. «Tout le monde pense que les banlieusards ont tous leur voiture. C'est faux!» assure Danièle Auclair.

À la découverte de « l'autre banlieue»

Dans le stationnement du CLSC de Saint-Huber t , six jeunes médecins s'apprêtent à découvrir les réalités de cette autre banlieue. «Je n'étais jamais venue de ma vie à Saint-Hubert et la pauvreté m'a vraiment frappée. Je ne connais que la banlieue riche», dit Marilou Sauvé qui, comme ses collègues, fait sa résidence en médecine familiale à ce centre local de services communautaires. La jeune femme habite le Plateau-Mont-Royal.

Or, au cours de cette tournée du quartier Laflèche, l'un des secteurs les plus démunis de la Rive-Sud, M me Sauvé et ses collègues découvriront que leur CLSC est situé à une heure et demie d'autobus pour ces citoyens. «Alors quand tu fixes un rendez-vous à 9h le matin pour une personne de Laflèche, oublie ça», résume brutalement leur professeure, la docteure Lyne Laurendeau.

Ils apprendront que certains de leurs patients habitent encore des maisons sans fondations, construites directement sur la terre battue. Qu'ils feraient mieux de consulter avec le patient les renseignements sur les médicaments qu'ils prescrivent, puisqu'il est possible que la personne ne sache pas lire.

Ils apprendront aussi qu'aucune épicerie ni aucune pharmacie n'est ouverte dans le quartier. «De toute façon, les gens préfèrent aller au dépanneur plutôt que de placer leurs enfants devant une situation d'abondance totale alors que chez eux, il y a un cadenas sur le frigo», souligne Marcel Gélinas, l'organisateur communautaire qui sert de guide aux jeunes médecins.
Ya que les pauvres qui parlent de sous