Author Topic: Le contencieux entre la culture et la culture de masse  (Read 506 times)

0 Members and 1 Guest are viewing this topic.

Wittmann

  • Guest
Le contencieux entre la culture et la culture de masse
« on: Wednesday 14 February 2007, 11:25:52 »
Un extras din interviul lui Elias Levy cu Alain Finkielkraut, in Voir,  din 14 décembre 2006:
http://www.voir.ca/actualite/actualite.aspx?iIDArticle=45102

La littérature est-elle menacée aujourd'hui par le monde de l'audiovisuel et du high-tech?

"Oui, la littérature est menacée parce que la lecture est en voie sinon de disparition, du moins de marginalisation. Dans le passé, la lecture était une activité centrale pour l'humanisme. Désormais, pour le post-humanisme post-moderne, la lecture n'est plus qu'une pratique culturelle parmi d'autres. En effet, plus les gens sont connectés, branchés, plus il y a d'ordinateurs, de iPod, d'écrits sur nos écrans virtuels, moins il y a de lecteurs pour les livres."

Pour l'écrivain Maurice Dantec, ce n'est pas l'audiovisuel qui est en train de détruire la littérature, mais les écrivains qui, selon lui, "prostituent la littérature sous le règne du "Moi" et du "Je" narcissique" (entrevue de Maurice Dantec dans l'édition de Voir du 16 novembre 2006). Partagez-vous son point de vue?

"Il est vrai qu'il y a aujourd'hui dans la littérature française une certaine tendance à ce qu'on appelle l'autofiction, à l'exhibitionnisme. C'est évidemment une régression par rapport à l'ambition littéraire, telle que l'a par exemple définie l'écrivain autrichien Hermann Broch, pour qui la littérature doit se concevoir comme connaissance. Faire d'une oeuvre simplement un lieu d'expression, c'est, à mon avis, renoncer à la grande ambition qui est présente chez les meilleurs romanciers: élucider, divulguer, découvrir des territoires inconnus de l'existence humaine."

Dans son essai L'Art du roman, l'écrivain tchèque Milan Kundera rappelle que l'esprit du roman, c'est l'esprit de la complexité. L'esprit romanesque pourra-t-il survivre dans nos sociétés post-modernes, où les normes sont l'instantané, la simplification, les analyses réductrices?

"Milan Kundera a raison, le roman est attaché à l'ambiguïté. Aujourd'hui, nous n'avons pas le choix entre la littérature et la non-littérature, mais entre la bonne et la mauvaise littérature. Ceux qui ne lisent pas sont quelquefois, à leur insu, la proie de certains schémas littéraires. Ils vivent dans le mélodrame, ils s'enchantent de situations binaires. Ce qui les excite, c'est l'opposition tranchée du bien et du mal. Or, l'une des conquêtes, préalable même au roman, de la littérature, c'est le tragique, la découverte que deux positions peuvent en quelque sorte avoir raison en même temps. Cette découverte, qui date d'Antigone, le roman l'a en quelque sorte prolongée. C'est celui-là, l'enjeu de la survie de la littérature. Si celle-ci s'éclipse, ce sera au bénéfice de la mauvaise littérature."